Afghanistan, 2010
Prise de guerre, le témoignage de Vincent :
J’ai 19 ans, mes potes et moi atterrissons sur la base de Bagram, en Afghanistan. Nous croisons sur le tarmac des jeunes de notre âge, mais leurs visages ne sont pas les nôtres. Ils sont durs, émaciés, fatigués. Nous sommes leur relève. Eux vont rentrer chez eux dans le même avion qui nous a déposés ici. Des « bonne chance les gars » sont lâchés à notre attention.
Nous sommes projetés sur nos FOB (base opérationnelle avancée). La nôtre sera celle de Tagab, la base FR la plus avancée, la plus dure, située entre les vallées d’Alasay et de Bedraou.
La nuit venue, nous installons notre vision nocturne et montons à bord du Chinook. C’est parti pour un vol tactique, porte ouverte et gunner prêt à faire feu. L’appareil vole à basse altitude pour que l’ennemi éventuel soit surpris et ne puisse pas utiliser son RPG à temps.
Nous arrivons, le CH-47 se pose.
Les militaires qui ont tenu cette base plus de six mois nous accueillent. Il est temps pour eux de rentrer à la maison.
Ma mémoire flanche un peu à ce moment, mais le fait est que mon gilet pare-balles a un problème et que je me retrouve à devoir demander à l’un des soldats que nous relevons s’il veut bien échanger son gilet avec le mien. Ce soldat en question n’est rien d’autre que le capitaine de compagnie.
L’échange rapidement effectué, il me lance simplement : « Le jeune, ce gilet m’a porté chance, il te portera chance aussi. »
Me voilà cuirassé.
Sur cette photo, je viens d’avoir 20 ans, sourire aux lèvres. Le sourire d’une mission réussie. Les efforts paient enfin. Les efforts combinés de la Légion et des chasseurs alpins, dont je fais partie. Une première cache d’armes trouvée, une première d’une longue série. À la main, un AK-74, une arme talibane ; plusieurs seront trouvées ce jour-là.
Un AK de moins qui tirera sur mes potes.